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Agriculture et forêt, telle est la base de l'économie de Mont-Carmel.
Comme dans beaucoup d'autres paroisses situées sur la bordure
appalachienne, elles se sont conjuguées pour offrir à la population
locale les ressources essentielles à sa survie. Aussi apparaît-il normal
,d'en étudier l'évolution à Mont-Carmel, en nous basant, pour les
données générales, sur les recensements du Canada publiés depuis 1861.
LA POPULATION
Evolution générale
Mais avant d'aborder l'étude de la vie économique, renseignons-nous sur
l'évolution démographique de Mont-Carmel. Nous avons déjà vu au chapitre
I qu'il y avait dix à quinze familles d'établies à Mont-Carmel en 1842,
soit environ une soixantaine de personnes.' Le tableau suivant, tiré des
recensements décennaux du Canada, montre l'évolution générale de cette
population après 1860.
Année du recensement Nombre d'habitants
Variation
en pourcentage
| Année du recensement |
Nombre d'habitants |
Variation en pourcentage |
| 1860-1861 |
598 |
-------- |
| 1871 |
985 |
+64.7 |
| 1881 |
1168 |
+18.6 |
| 1891 |
1075 |
- 7.1 |
| 1901 |
1084 |
+ 0.1 |
| 1911 |
1282 |
+18.3 |
| 1921 |
1346 |
+5.0 |
| 1931 |
1356 |
+0.7 |
| 1941 |
1576 |
+16.7 |
| 1951 |
1761 |
+11.7 |
| (1956) |
(1971) |
(+11.3) |
| 1961 |
1895 |
+7.6( -3.8) |
Notre évaluation tient compte du fait qu'il s'agit de colons pour la
plupart nouvellement arrivés et qui n'avaient sans doute pas encore une
famille nombreuse.
En premier lieu, on découvre dans ce tableau une forte augmentation de
la population dans les débuts, puis une diminution marquée durant la
période 1881-1891. N'est-ce-pas là le résultat de la crise économique
des années "80 avec le fort courant d'émigration qu'elle a causé? La
reprise démographique du début du siècle s'est poursuivie jusqu'à la
grande crise de 1929; ralenti en 1931, l'accroissement réel de la
-population s'est accentué en 1941 pour se poursuivre jusqu'à nos jours
si l'on s'en tient aux recensements décennaux. Par contre, le
recensement de 1961 comparé à celui de 1956 démontre une diminution
sensible de population. Serait-ce le signe que Mont-Carmel a atteint son
optimum de population? Nous sommes porté à le croire: une paroisse
rurale peu industrialisée ne peut pas faire vivre une population très
dense et il est à prévoir que la population de Mont-Carmel va décroître
encore pendant quelques années par suite de l'abandon de certaines
fermes, du départ des jeunes gens de plus en plus instruits qui n'y
trouveront pas de travail et de la disparition progressive du rôle de
résidence rurale joué jusque là par Mont-Carmel.
Les migrations temporaires et permanentes
L'agriculture, même doublée de l'apport forestier, n'a jamais suffi à
faire vivre toute la population de Mont-Carmel; depuis les toutes
premières années jusqu'à nos jours, des résidents de Mont-Carmel ont dû
s'exiler pour trouver ailleurs les ressources nécessaires. Déjà, le
rapport du missionnaire Hoffman pour l'année 1863 dénotait ces
migrations et l'insuffisance des revenus des habitants de Mont-Carmel:
Votre Grandeur aimera peut-être connaître comment mes paroissiens s'y
prennent pour vivre. La récolte suffit à peine à un très petit nombre;
les autres vendent ou charroyent du bois de chauffage, des pieux et
piquets, du bois de construction et font du bardeau. Le printemps ils
font du nombre à Québec pour travailler. Tous mes gens sont pauvres, et
cependant je n'ai pas un seul mendiant de profession.
Voilà déjà la fonction complémentaire - et parfois essentielle - de
la forêt qui perce à travers la vie agricole des gens!
Ce rapport nous révèle des migrations de travail vers Québec;
d'autres rapports nous font voir des migrations permanentes vers
l'extérieur par suite des pauvres possibilités offertes par Mont-Carmel.
Nous nous sommes permis de citer plusieurs extraits de ces rapports des
premiers missionnaires ou curés pour montrer comment cette émigration
permanente ou temporaire était une règle quasi-générale à Mont-Carmel,
même dans les débuts de la paroisse (le chiffre entre parenthèse indique
la période couverte par ces rapports, dont les données s'étendaient du
ler septembre d'une année au 31 août suivant).
-
1859-1860 « 3 familles ont laissé la paroisse pour d'autres endroits
dans le Canada [ . . . ] 3 nouvelles familles [les] ont remplacées »
-
1862-1863 « 5 pauvres familles ont laissé la paroisse pour aller se
fixer dans les paroisses voisines »
-
1867-1868 « Pendant l'année, 5 jeunes gens ont quitté la paroisse. 1
pour les Etats-Unis, 2 pour 'le Haut-Canada, 2 pour les mines -de Maisie
[ ? ] . 20 à 25 autres jeunes gens partent d'ici, tous les automnes pour
les chantiers de la Rivière St-Jean. Ils reviennent ordinairement au
printemps, aider leurs parents à ensemencer leurs terres » .
-
1869-1870 « Une vingtaine de jeunes gens ont passé l'hiver dans les
chantiers de la Rivière St-Jean » .
-
1873-1874 « Un nombre considérable voyagent pour travailler et y rester
quand ils trouvent leur chance » .
-
1874-1875 « 10 familles ont été travailler ici et là
5 ou 6 mois. Les jeunes gens partent le plus souvent, sans que j'en
puisse rien savoir, ils partent, Lévis, Québec pour un mois ou deux, et
vont ailleurs.
- 1875-1876 « 10 familles environ sont parties pour quelques mois et
une centaine de jeunes gens, filles et garçons, pour Montréal, Québec et
les Etats-Unis. Un bon nombre de ceux qui partent, reviennent .
C'est la même rengaine dans les rapports jusqu'au début des années "80
alors que la situation devient très pénible; la paroisse se dépeuple,
conséquence du départ de familles ou d'individus qui vont chercher
ailleurs de quoi vivre durant cette période de crise et de mauvaises
récoltes.
1879-1880 « 15 familles ont quitté la paroisse, trois ou quatre veulent
revenir. Aucune famille étrangère n'est revenue » .
1880-1881 « Depuis le ler septembre dernier 40 familles sont par,ties
pour les Etats-Unis » .
1881-1882 « Depuis le ler septembre dernier, 10 familles sont parties
pour les Etats-Unis, 5 doivent revenir p .
-
1882-1885 « 12 ou 15 familles ont quitté pour les Etats; « Est-ce pour
toujours? Non. > Aucune nouvelle famille n'est arrivée
Ces rapports indiquent que Mont-Carmel, à peine surgie des profondeurs de la forêt, redéversait vers l'extérieur une population laborieuse incapable de trouver sur place son gagne-pain. Quelques- uns
se dirigeaient vers d'autres paroisses de la région Gaspésie-Rive-Sud,au sol plusaccueillant; d'autres se rendaient vers Québec et Montréal, afin de jouir du confort de la vieurbaine; mais la majoritéd'entre eux émigraient aux Etats-Unis. Cette saignée de la population de Mont-Carmel vers les Etats-Unis fut d'ailleurs constante dans
l'histoire de Mont-Carmel jusqu'à la crise de 1929 qui ralentit l'activité économique de la Nouvelle-Angleterre et ramena au bercail
d'anciens habitants de la paroisse, tout en cessant d'attirer les
autres. Un certain nombre de ces émigrés revenaient. Quelques-uns
d'ailleurs ne faisaient qu'un séjour de travail, comme bûcherons des
chantiers de la rivière Saint-Jean. D'autres voyageaient durant leur vie
de jeunesse, puis venaient s'installer sur une terre après leur mariage.
Mais un grand nombre trouvaient leur chance en dehors de MontCarmel ou
du Canada et ne revenaient plus y résider. Lorsqu'il était curé de
Mont-Carmel, l'abbé François Saint-Pierre a noté, en retrait de l'acte
de baptême de certains de ses anciens paroissiens, la date et l'endroit
de leur mariage quand ces mariages sont survenus aux Etats-Unis: ces
notes se rencontrent à peu près à chaque page des registres. Considérons
aussi le nombre impressionnant de parents américains qui reviennent
chaque année visiter le lieu de leur enfance. On pourrait enfin demander
combien d'actuels habitants de Mont-Carmel sont allés travailler dans les
filatures de la Nouvelle-Angleterre ou « à la brique > , selon
l'expression conservée dans le langage populaire de la paroisse.
De nos jours, les courants migratoires ont évolué. On n'émigre plus aux
Etats-Unis. Les jeunes vont travailler à Montréal, Québec ou dans les
autres villes québécoises; quant aux bûcherons qui ne trouvent pas de
travail sur place, ils prennent la route de l'Abitibi. Les fins de
semaine et les vacances d'été en ramènent un certain nombre en visite
chez des parents. N'est-ce pas le sort de toute paroisse rurale que de
revoir à l'occasion une bonne partie de ceux qui y sont nés et y ont
vécu leur enfance ?
L'ÉVOLUTION DE L'AGRICULTURE
L'agriculture des premières années
A l'époque de la fondation de la paroisse, la nourriture était plutôt
simple: la fameuse galette de sarrasin complétait le menu composé
principalement de soupe aux pois, de pain, de pommes de terre et de lard
salé. Les vêtements étaient presque tous confectionnés à la maison avec
la laine des moutons, le lin et le chanvre des cultures, et le cuir
provenant du bétail. Aussi l'agriculture traduisait-elle ces
préoccupations des gens. Seule la vente d'un peu de blé, de foin, de
patates, de beurre et, vente importante pour Mont-Carmel, de bois,
procurait quelque argent sonnant dont on se servait pour payer ses taxes
municipales et scolaires et ses comptes chez le marchand général.
La section consacrée à l'agriculture dans le recensement de 18601861
traduit ces préoccupations des premiers habitants de Mont-Carmel. La
paroisse comptait alors 90 familles qui logeaient dans 83 maisons de
bois à un seul étage. Le nombre des occupants de terre dépassait celui
des familles puisqu'il atteignait 98, dont 18 cultivaient des terres de
moins de 50 acres, 63 des terres ayant de 50 à 100 acres et à peine 17,
des fermes de plus de 100 acres. La récolte de 1860 avait .été la
suivante: 1314 minots de blé, 1346 minots d'orge, 1214 minots de seigle
et 1055 minots de pois; on avait récolté 7197 minots de patates. Pas
moins de 10 687 livres de sucre d'érable avaient été fabriquées au
printemps. Aux 783 livres de laine des moutons s'étaient ajoutées 486
livres de lin et ~de chanvre; le tout avait permis de fabriquer 1041
verges de drap, 1367 verges de flanelle et 1392 verges de toile. Le
bétail se composait de 152 boeufs et bovillons, 159 vaches à lait (même
pas deux par ferme), 79 veaux et génisses, 87 chevaux de plus de trois
ans, 21 poulains et pouliches, 381 moutons et 189 porcs. Il s'était
fabriqué - et probablement vendu - 5 367 livres de beurre, 67 barils de
200 livres de viande de boeuf et 95 barils de viande de porc. Des 8 198
acres de terre occupée à peine 1232 étaient défrichés, dont 812
servaient à la culture et 416 au pâturage. La forêt dominait donc encore
le paysage de Mont-Carmel. La valeur estimé des fermes s'élevait à $ 48
350.
Transformation de l'agriculture
Depuis ce temps, l'agriculture a grandement évolué dans la paroisse.
Entre 1861 et 1911, la surface cultivée a triplé pour atteindre 3 750
acres; les cinquante années suivantes n'ont rien ajouté à cette étendue
cultivée. C'est dire que, dès 1911, le terroir effectivement consacré
aux cultures avait atteint l'extension actuelle; il suffit de constater
comment la forêt regagne certaines terres abandonnées ou négligées
actuellement pour saisir ce phénomène.
Le nombre des cultivateurs a également diminué par rapport à ce premier
recensement. Vers 1860, tout le monde ou presque se disait cultivateur;
même le missionnaire avait sa terre. En 1911, 53 ménages sur les 190
exerçaient une profession non-agricole. Trente ans plus tard, la
proportion de la population agricole n'était plus que de 989 habitants
sur 1 579. Le phénomène s'est accentué par la suite puisqu'en 1961, à
peine 591 personnes sur 1895 vivaient sur une ferme.
On peut y voir le résultat des difficultés croissantes rencontrées
par le petit agriculteur pour vivre sur une ferme à l'époque actuelle.
L'étendue moyenne des espaces en culture traduit ce remembrement des
fermes. En 1860-1861, 98 paysans cultivaient chacun en moyenne 12.5
acres; cette moyenne passa à 18 (1871), 28 (1911), 32.1 (1931), 35
(1941) et 36.5 (1951). De nos jours, la tendance à l'agrandissement des
étendues en culture s'est poursuivie puisque la moyenne des terres en
culture était de 43.3 acres en 1961 et on peut présumer qu'elle s'est
encore accrue depuis ce temps. En somme, sur une étendue cultivable
limitée, le nombre des paysans a diminué mais par contre chacun cultive
des étendues plus grandes et qui s'accroissent sans cesse.
Les -cultures ont aussi changé. Nous retrouvons, en 1871, une production
de blé qui a doublé, une récolte d'orge légèrement augmentée avec une
production beaucoup plus importante qu'en 1861 de sarrasin, d'avoine et
de foin tandis que la culture du seigle et des pois diminuait de 25%. La
récolte de 1910 donnait les résultats suivants: à peine 100 boisseaux de
blé (2 804 en 1871) et 351 de sarrasin (1033 en 1871); par contre, la
récolte de foin atteignait 2195 tonnes (486 en 1871), celle d'avoine, 17
423 boisseaux (1 342 en 1871). Seigle et orge s'étaient maintenus au
même niveau, la culture des pommes de terre avait augmenté alors que la
récolte du lin était devenue quantité négligeable. L'industrie laitière
basée sur une forte production de foin et sur la culture de l'avoine
comme céréale pour régénérer le sol commençait donc à percer dans
l'économie agricole. Au rencensement de 1961, la spécialisation était
devenue évidente: 12 acres de blé, 1 acre d'orge, 51 de seigle, 106 de
maïs d'ensilage et 60 de pommes dé terre; à l'autre extrême, l'avoine
occupait 1113 acres et le foin, 2 433.
Semblable évolution s'est aussi produite dans le bétail. Le tableau
suivant permet au lecteur de tirer d'évidentes conclusions.
|
Bétail |
1860-1861 |
1931 |
1941 |
1961 |
| Chevaux, poulins,pouliches |
108 |
264 |
290 |
105 |
| Veaux, génisses, vaches |
238 |
1594 |
1635 |
1840 |
| Taureaux |
152 |
------ |
------ |
------ |
| Moutons |
381 |
1016 |
487 |
87 |
| Porcs |
189 |
725 |
551 |
1138 |
| Poules et poulets |
------ |
2854 |
2933 |
3585 |
Malgré les conditions pénibles du sol, l'agriculture de Mont-Carmel a
donc évolué vers la situation actuelle, que l'on peut qualifier de
progressive. Les cultivateurs de la paroisse font aujourd'hui un effort
sérieux de modernisation de l'outillage et des techniques qui ne peut
que donner des résultats satisfaisants. Au recensement de 1951 celui de
1961 ne donne pas ces renseignements - la valeur des fermes atteignait
$1 375 082, chiffre qui a probablement dépassé les $2 000 000
aujourd'hui. En 1961, 57 cultivateurs possédaient un véhicule automobile,
le même nombre avait un tracteur et toutes les fermes étaient
électrifiées.
Le Cercle Agricole
Seul, le cultivateur peut difficilement évoluer et satisfaire aux
exigences croissantes dans le domaine des techniques et des services
nécessaires à une agriculture prospère; aussi convient-il de jeter un
coup d'oeil sur les associations et services divers qui ont existé à
Mont-Carmel au cours de son histoire.
Un Cercle Agricole était en opération à Mont-Carmel en 1913, comme
l'atteste une lettre du Secrétaire du Conseil d'Agriculture, Oscar Lessard, à Thomas
Jean, Secrétaire du Cercle Agricole de Mont-Carmel, le
12 mars 1913.4 Etait-il en opération depuis longtemps? Nous n'en savons
rien parce que les minutes du Cercle pour les premières années ont été
perdues.
Ce Cercle a contribué à l'amélioration de l'agriculture à Mont-Carmel. Il
a encouragé l'élevage par l'achat de bêtes enregistrées grâce aux
octrois gouvernementaux. Des concours agricoles divers lui doivent aussi
leur réussite. Ce fut, pendant un certain temps, par son intermédiaire
que les cultivateurs pouvaient se procurer de bonnes graines de semence.
De plus, le Cercle a longtemps possédé des rouleaux, des pelles à
cheval, voire des charrues qu'il prêtait à ses membres; ces instruments
ont été vendus en 1948.
Nous n'avons pas le nom des Présidents de ce Cercle avant 1944; par la
suite, ce furent, dans l'ordre, messieurs Alphonse Thériault et
Jean-Baptiste Rivard. La liste des Secrétaires est plus longue parce que
nous avons pu les retrouver dans les dossiers financiers du Cercle; ce
sont, depuis 1913, messieurs Thomas jean, André Plourde, Alfred Bérubé,
Sylvio Saint-Onge. Messieurs Antoine Lévesque et Laurent Saint-Onge sont
aujourd'hui respectivement Président et Secrétaire du Cercle Agricole.
L'U.C.C.
Le syndicalisme agricole a tardé à s'implanter dans la paroisse. L'Union
Catholique des Cultivateurs, fondée en 1924 par Noé Ponton, Firmin
Létourneau et Laurent Barré dans le but d'unir les cultivateurs afin de
les aider à défendre leurs droits et à étudier leurs problèmes, avait
déjà plus de vingt ans lorsqu'elle fit son apparition à Mont-Carmel.
Ce fut, en effet, à une assemblée tenue à la sacristie, le 27 février
1945, que la section paroissiale vit le jour. Monsieur Paul Massé fut
alors choisi Président et monsieur Alvin Rivard, Secrétaire.
Par la suite, la section a connu des hauts et des bas jusqu'à la prise
de conscience à laquelle nous assistons aujourd'hui. Sans doute nos
cultivateurs - comme ceux de beaucoup d'autres paroisses n'avaient-ils
pas encore senti la force que l'union peut représenter dans
l'amélioration des conditions de l'agriculture!
Depuis quelques années cependant, le réveil des agriculteurs a marqué la
vie de la section paroissiale. Ses 42 membres sont imprégnés du souci de
mettre leur travail sous le signe de l'union. Le Président actuel est
monsieur Elphège Lévesque, et le Secrétaire, monsieur Richard Lévesque.
Fromageries et beurreries
La première fromagerie a été construite au village en 1891 par Georges,
Charles-P. et Joseph Roy, tous trois originaires de l'Ile-aux-Grues.
Cette fromagerie opéra telle quelle jusqu'en 1906 alors qu'on remplaça
la fabrication du fromage par celle du beurre. A la même époque, les
Roy, auxquels s'était joint François, nouveau venu du groupe, ouvrirent
une fromagerie au petit bras (en face de chez monsieur Charles Raymond);
elle n'opéra que quelques années avant
de fermer ses portes vers 1915.
Pendant quelque temps, la beurrerie du village desservit toute la
paroisse. Mais en 1917, une nouvelle fromagerie fut aménagée au
grand bras, sur un terrain actuellement possédé par monsieur Martin
Drapeau: Le 26 octobre 1920, le syndicat obtenait une charte du
Gouvernement sous le nom de « La Société des Patrons de la Fromagerie de
la ,paroisse de Notre-Dame du Mont-Carmel > . Les 48 sociétaires étaient
des gens du haut de la paroisse. Le premier conseil de direction se
composait de messieurs Arthur Massé, J. Massé, J.-A. Lévesque, J.
St-Onge, Victorien St-Onge, J.-G. Michaud et Philippe Francoeur; le
gérant était Arthur Massé. Cette fromagerie demeura en opération pendant
une quinzaine d'années.
Après sa disparition, .toute la production laitière s'orienta vers le
village. Mais en 1944, la beurrerie de François Roy passa aux mains de
la « Société Coopérative Agricole de Beurrerie > , organisée par Wilfrid
Plourde et Joseph-G. Lévesque. Le syndicat se composait à l'origine de
83 sociétaires qui fournirent chacun $50. Le premier conseil de
direction était constitué de messieurs Alphonse Thériault, Président,
Jean Beaulieu, Vice-Président, Joseph-G. Lévesque, Paul Massé et
Jean-Baptiste Rivard, Directeurs. Monsieur Wilfrid Plourde occupait la
gérance et monsieur Fernand Bélanger, le secrétariat.
Dès sa première année d'opération, la « Société Coopérative Agricole de
Beurrerie » atteignait un chiffre d'affaires de $81298, divisé en deux
sections, soit $56 998 pour la beurrerie et- $24 300 pour la meunerie
que la « Société » avait fait construire.' On avait fabriqué 129 826
livres de beurre durant cette première année.
Par la suite, la « Société » a connu de belles réalisations. En 1961 par
exemple, elle a produit 189159 livres de beurre et réalisé un profit
d'opération de $1910.07. Les besoins de la régionalisation et l'attrait
d'un gain plus substantiel amenèrent progressivement les sociétaires à
envoyer leur lait ou crème à l'extérieur de sorte que la beurrerie ferma
ses portes en février 1966.
La liquidation démontra l'accroissement du capital au cours des
vingt-deux ans d'opération. Après la liquidation de l'actif et le
règlement du passif par messieurs Alphonse-D. Lévesque, Ernest SaintOnge
et Gérard-L. Lévesque, les 77 actionnaires reçurent chacun $310. pour un
capital initial de $50, en plus des $7130.48 payés en dividendes au
cours des dix dernières années. C'est là le résultat d'une oeuvre fructueuse que la régionalisation a fait disparaître au
profit d'une unité d'opération plus vaste et plus susceptible de
rencontrer des exigences plus grandes et plus coûteuses. Les
cultivateurs de Mont-Carmel vendent actuellement le lait à la «
Coopérative de la Côte-du-Sud >
Moulins à farine et meunerie
Les cultivateurs purent aussi utiliser les services de meuniers au
cours de l'histoire de Mont-Carmel. D'après Joseph-A. Lavoie, un
premier moulin à farine (moulin banal) aurait été construit vers 1840
par le seigneur Blanchet sur la rivière du grand bras (chez PaulE.
Drapeau); il aurait été détruit par le feu en 1860 en même temps que le
moulin à scie qui était bâti à côté.
Le 7 janvier 1873,9 Bruno et Norbert Saint-Onge achetaient le domaine ou
emplacement de ce moulin avec le pouvoir d'eau, dix-sept arpents de front
et quarante et un arpents de profondeur du notaire Pouliot, agent des
seigneurs; le 10 juillet de la même année, ils vendirent à Charles
Pelletier de Saint-Pacôme un terrain avec pouvoir d'eau pour y
construire un moulin, une « chaussée > et des écluses en vue d'ouvrir un
moulin à farine, qui fut effectivement construit par l'acquéreur du
terrain.
Ce moulin, qui occupait une partie de l'ancienne maison de Paul-E.
Drapeau, changea souvent de propriétaires, sans doute parce qu'il était
de moins en moins rentable. Charles Pelletier le vendit à Bruno Saint-Onge, le 12 février 1883. Ce dernier le légua à sa femme en
février 1894; elle le donna à son fils, Lazarre, le ler octobre 1894,
qui l'échangea le même jour à Noël Saint-Jean pour une terre. A tour de
rôle, Paul Dionne, joseph Rossignol et Vital Dumais l'achetèrent.
Finalement, joseph Morin s'en porta acquéreur en 1907, et le vendit à
son fils, monsieur Euclide Morin, le 5 novembre 1930; celui-ci le
démolit presque immédiatement.
Ce rôle plutôt mouvementé fut repris par la suite par la meunerie,
organisme de type coopératif, dont nous avons parlé plus haut. En somme,
pourrait-on dire, la paroisse de Mont-Carmel n'a que difficilement
entretenu son moulin à farine et sa meunerie, surtout à une époque de
plus en plus rapprochée de nous, faute sans doute d'une production
agricole adaptée.
Autres sociétés coopératives
Au cours de son histoire, Mont-Carmel a eu et a encore d'autres
sociétés coopératives. Quelques-unes ont eu une existence plutôt
éphémère, mais certaines se sont révélées durables et continuent
d'opérer aujourd'hui.
Un exemple d'organisme éphémère est la « Société Coopérative Agricole de
N.D. du Mont-Carmel > qui reçut l'approbation gouvernementale le 17
décembre 1917.1° Ce syndicat coopératif avait pour objets «
l'amélioration et le développement de l'agriculture ou de l'une ou de
quelques-unes de ses formes, la fabrication du beurre ou du fromage, ou
des deux, l'achat et la vente d'animaux, d'instruments d'agriculture,
d'engrais commerciaux et d'autres objets utiles à la classe agricole,
l'achat, la conservation, la transformation et la vente de produits
agricoles > .11 Initiative très louable et de vaste envergure, cette
société coopérative ne dépassa guère le stade du petit magasin, qui fut
tenu dans la maison appartenant aujourd'hui à monsieur Antoine Lévesque
(avec entrepôt chez monsieur Michel Plourde). Vers 1920, la société
cessa ses opérations.12
L'organisation d'une coopérative de vente ressuscita en 1948 avec la
création par monsieur René Lavoie et autres de « L'Idéal Coopérative > .
Malgré certaines difficultés, ce magasin coopératif s'est maintenu et
continue toujours ses opérations au village de Mont-Carmel.
Un autre exemple de coopération nous est fourni par la « Société
Coopérative Agricole d'Amélioration des Terres de Mont-Carmel > , dont
le siège social est à Mont-Carmel, mais qui groupe aussi quelques
sociétaires ~de Saint-Philippe-de-Néri et de Saint-Denis." On l'appelle
communément « La Fronde » . Depuis 1949, cette société poursuit son but,
soit « l'amélioration et l'agrandissement des fermes ainsi que l'achat
et l'usage d'un tracteur déblayeur (Bulldozer) et accessoires pour fins
de travaux d'amélioration des fermes r . Ce bulldozer a travaillé
pendant des milliers d'heures pour faire le drainage, l'épierrement et
le nivelage des sols arables de Mont-Carmel et les résultats sont
aujourd'hui visibles sur la plupart des fermes de la paroisse.
L'INDUSTRIE FORESTIÈRE
L'industrie forestière a toujours contribué largement à l'économie de
Mont-Carmel. Nous savons déjà que, dans les débuts, la forêt fournissait
l'essentiel du revenu nécessaire à la population locale. Encore
aujourd'hui, la totalité -des cultivateurs coupent du bois de pulpe et
du bois de construction sur leurs boisés de ferme ou leurs lots en hiver
et durant les temps morts de la saison estivale; le revenu d'appoint
ainsi obtenu compense pour la faiblesse du revenu agricole.
Les moulins à scie
II fut un temps où il existait, dans les limites de Mont-Carmel, de
nombreux moulins à scie qui servaient à découper le bois bûché par les
fermiers ou par les entrepreneurs forestiers. Notre prétention n'est pas
de retracer l'histoire de tous ces moulins - nous reparlerons de
quelques autres lorsqu'il sera question du Lac de l'Est, - mais nous
nous bornerons à décrire l'origine et l'évolution de ceux qui ont opéré
dans les limites de la Municipalité.
Le seigneur Blanchet en aurait fait construire un sur la rivière de
Bayonne vers 1840 et le moulin aurait été incendié une vingtaine
d'années plus tard, en même temps que le moulin à farine construit â
côté.14 Par la suite, Eusèbe Lévesque se construisit en 1876, sur le
même emplacement, un moulin à eau qu'il vendit à Vincent (Fidèle)
Plourde et Florien Dumais vers 1896; devenu l'unique propriétaire,
Vincent Plourde mourut le 19 mai 1900 et sa succession vendit ce moulin
à Norbert Saint-Onge qui le céda, le 6 décembre 1909, à François Bérubé
de Kamouraska. Acquis par joseph Morin le ler décembre 1912, il brûla en
1917.
Aux fins de la reconstruction devenue nécessaire, joseph Morin se porta
acquéreur d'un moulin à vapeur construit au petit bras par Michel jean
et jules Paradis vers 1894 et le déménagea à Bayonne en 1917. Joseph Morin vendit ce moulin à son fils, monsieur Euclide
Morin, en 1930. Monsieur Benjamin Drapeau en devint l'unique
propriétaire en 1939 et le vendit à son frère, monsieur Paul-E. Drapeau,
en 1947. Par suite du ralentissement du rythme d'opération et de la
nécessité de faire d'importantes réparations, ce dernier cessa toute
activité à l'automne 1960. On a démoli ce moulin quelques années plus
tard.
Un autre moulin à scie fut aménagé en 1898 par Thomas Paradis au
huitième rang, sur la rivière de Bayonne. Peut-être s'agissait-il de ce
moulin à scie que son père, Etienne Paradis, opérait sur la rivière du
petit bras de 1868 à 1898. Lorsque le bois qui l'alimentait devint plus
rare, on ferma le moulin du huitième rang (vers 1915).
Il y eut aussi un moulin à scie construit sur la terre de monsieur Louis
Saint-Onge; Joseph Pelletier de la Rivière-Ouelle avait d'abord bâti .ce
moulin sur la Rivière-du-Loup en 1893. Deux ans plus tard, Edouard
Dupéré s'en porta acquéreur et le descendit à son nouvel emplacement.
Réparé après l'explosion de sa chaudière vers 1902,15 le moulin fut
vendu à joseph Morin, le 27 septembre 1914, et il brûla l'année
suivante.
Alexandre jean a aménagé un moulin mu par la vapeur au village vers
1905. Il cessa d'opérer en 1920 et Alexandre jean vendit la machinerie à
J. Bégin de Sainte-Anne et la bâtisse à son frère Gratien jean, qui
réouvrit le moulin en 1922. Le 7 janvier 1929, messieurs Thomas et
joseph Santerre s'en portaient acquéreurs; les deux frères
construisirent une nouvelle bâtisse pour abriter une manufacture de
boites à beurre, qu'on fabriquait déjà « au marteau et au maillet » dans
l'ancien moulin. En septembre 1938, monsieur joseph Santerre achetait la
part de son frère et revendait le tout à monsieur Edmond Massé le 9 juin
1942 (contrat daté du 22). Le moulin passa au feu en 1948; monsieur
Massé reconstruisit un petit moulin qui servait uniquement à préparer le
bois nécessaire à la fabrication des boites à beurre. Ce système
fonctionna jusqu'en 1964 alors que permission fut donnée aux beurreries
d'expédier leur production dans des boites de carton moins
dispendieuses, ce qui obligea monsieur Massé à fermer sa manufacture et
son moulin. L'entreprise employait huit hommes au moment de fermer ses
portes.
D'autres moulins de courte durée ont aussi existé à Mont-Carmel, tel
ce moulin à « châsse > qu'il y aurait eu au XIXe siècle sur la terre
actuellement possédée par monsieur Thomas Dupéré.f7 On pourrait aussi
nommer le moulin de monsieur Paul jean, qui, tout récemment, a opéré
pendant quelques années sur le terrain acheté de monsieur Maurice Anctil.
Aujourd'hui, seul le moulin qui alimente la Mont-Carmel Furniture Co.
Ltd est encore en opération. Les autres sont tous disparus, à cause
notamment du déclin des sources d'approvisionnement en bois et de
l'abandon progressif par les cultivateurs de la coupe de billots au
profit de la coupe de bois de pulpe.
Le Lac de l'Est
Cette description de l'apport de la forêt à l'économie de Mont-Carmel
serait nettement incomplète si nous ne parlions pas du domaine forestier
situé au delà des limites de la Municipalité; en effet, ces étendues
boisées ont contribué à l'essor de la paroisse en fournissant du travail
à une importante partie de sa population et en permettant aux frères
Plourde d'y exercer leur activité.
Nous savons déjà que, vers 1862-1863, des jeunes gens de MontCarmel se
rendaient à la rivière Saint-Jean (Maine), pour travailler dans les
chantiers. On ne peut s'empêcher d'admirer leur courage si l'on tient
compte uniquement du trajet à effectuer pour s'y rendre puisqu'ils
devaient voyager à pied faute de chemin carossable.
Par la suite, d'autres chantiers s'ouvrirent dans les hautes terres du
comté. La première exploitation d'envergure fut celle des frères Julius
et Victor Fawrs du Nouveau-Brunswick qui ouvrirent un chantier vers 1894
au Lac de l'Est et le maintinrent en opération pendant quelques années;
ils faisaient draver leur bois sur la rivière Saint-Jean. Après eux, Bony
et Towers s'installèrent dans la région: un bureau (office) existait au
Lac de l'Est en 1898. Au ruisseau d'eau claire, ils opéraient un petit
moulin pour « dormants » de chemin de fer qui étaient dravés sur la
Rivière-du-Loup jusqu'à la ville de ce nom; le bois de construction
était expédié par la rivière Saint-Jean. Ils opéraient aussi un moulin
au chemin de front ou Taché.
A l'époque, le peuplement permanent du Lac de l'Est était fort
limité. Depuis 1880 environ, il y avait une famille d'établie là, celle
de Louis Dionne. 19 Avec l'ouverture des chantiers des Fawrs et ceux de
Bony et Towers, la population augmenta en période hivernale, de sorte
qu'il fallut songer à organiser certaines visites du prêtre auprès des
bûcherons. Nous avons retrouvé à l'Evêché une lettre de messire
Joseph-Georges Coudreau à monseigneur Bégin, en date du 8 février 1897;
le curé de Mont-Carmel demandait un autel portatif pour la mission du
Lac de l'Est et se proposait, après l'invitation reçue du maître de
chantier, un protestant, de monter au Lac la semaine suivante pour
visiter les travailleurs. D'ores et déjà, le Lac de l'Est était devenu
une préoccupation pour le pasteur de Mont-Carmel. Il semble cependant
que le peu de durée de ces opérations n'amena pas tellement de
population permanente au Lac de l'Est.
Au début du siècle, la Rivière-Ouelle Pulp Lumber Co. ouvrit un
chantier sur l'emplacement futur du Transcontinental; on y coupait un
peu de bois de pulpe et surtout du bois de construction qui alimentait
son moulin à scie en opération à Powerville depuis 1904 et qui employait
une quarantaine de personnes.21 En 1910, les frères Demers de
Saint-Agapit de Lotbinière coupèrent du bois de pulpe en bas de
Powerville pendant environ trois ans; ils l'expédiaient par
SaintPhilippe-de-Néri.
A l'automne de 1925, la Compagnie Fraser, qui coupait déjà depuis
quelques années sur les limites de la Eaton Land Co., ouvrit un moulin
au Lac de l'Est. Ce moulin brûla en 1932 et la compagnie ne le
reconstruisit pas. A l'époque, le Lac de l'Est était devenu un lieu de
résidence permanente. Depuis la construction du moulin des Fraser, le
curé François Saint-Pierre desservait la mission; il s'y rendait une
fois par mois (lui ou son vicaire) et il disait la messe dans un local
de la compagnie. En 1927, le curé fit construire une chapelle-école avec
l'aide du Gouvernement Provincial; il y avait alors quarante familles
ayant cinquante-cinq enfants en âge de fréquenter les classes qui
commencèrent en septembre 1927.23 La population était de trois cent
cinquante personnes en 1930, mais elle diminua quelque peu entre
l'incendie du moulin de la compagnie et la construction du moulin des
frères Plourde.
Les frères Plourde
Les dernières décennies de l'histoire du Lac de l'Est furent
grandement marquées par l'activité des quatre frères Plourde, Albert,
Alfred, joseph et Michel. Monsieur Alfred Plourde fut aussi député de
Kamouraska entre 1948 et 1962.
Ces hommes s'étaient sentis très tôt attirés par l'industrie forestière.
Peu à peu, ils avaient commencé à faire couper du bois comme
entrepreneurs forestiers notamment pour la Power Lumber Co. Ltd. A
l'automne de 1934, monsieur Michel Plourde loua le moulin de Denis Garon
au chemin de front et opéra une coupe sur les limites à bois de la
Compagnie Power; à l'automne de 1935, ses frères se joignirent à lui et
on utilisa un deuxième moulin à Painchaud pour scier le bois bûché sur
une coupe de bois achetée de la Eaton Land Co. A l'automne de 1936, les
frères Plourde achetèrent pour dix ans le droit de coupe sur la limite
de la dite compagnie, qu'avaient eue les Fraser avant eux, et
construisirent un moulin à scie sur le bord du Lac de l'Est tout en
continuant d'opérer celui de Painchaud pendant encore une couple
d'années. Le Lac de l'Est entrait dans sa phase la plus brillante.
En 1941, les frères rlourde se portèrent acquéreurs du reste des limites
et autres biens de la Power Lumber Co. Ltd, aux mains de la Banque
Canadienne Nationale depuis la faillite de la compagnie en 1932, et
opérèrent la scierie de Saint-Pacôme jusqu'en 1952 alors qu'ils furent
dans l'obligation « de limiter leurs opérations au Lac de l'Est, les
terrains forestiers alimentant la scierie de St-Pacôme étant épuisés ou
trop éloignés pour fournir un rendement profitable » .
«
Le moulin du Lac de l'Est devint donc l'artère principale vers laquelle
s'achemina le bois coupé sur les limites de Power Lumber et de Plourde &
Frères ». Deux incendies, l'un le 17 novembre 1945, l'autre dans la nuit
du 21 au 22 mars 1954, obligèrent les propriétaires à reconstruire ce
moulin, toujours doté d'un équipement des plus complets et des plus
modernes.
«Les frères Plourde ont aussi fondé en 1954 une autre compagnie
enregistrée sous la raison sociale de East Lake Lumber Co. Cette
dernière s'occupe de mettre sur les marchés canadiens et américains la
production du Lac de l'Est,que l'on achemine vers le moulin de
préparation de Charny >.
En 1950, Plourde & Frères Ltée se porta acquéreur des limites à bois de
la Eaton Land Co. de Calais, Maine, soit 196 milles carrés pour le prix
de $315 000 à part les frais de transaction. Ils possédaient alors une
réserve forestière de près de 400 milles carrés. A cette époque, Plourde
& Frères fournissait de l'ouvrage à plus de cent personnes en été et à
près de deux cents en hiver sans compter l'usine de Charny qui donnait
du travail à plus de trente employés à l'année longue.
Cinq ans après l'achat des limites de la Eaton Land Co., le domaine
forestier de Plourde & Frères Ltée passa aux mains de la Donohue
Brothers; les vendeurs se réservaient le droit de couper trente millions
de pieds de bois de 1955 à 1960. Après 1960, la compagnie a poursuivi
ses opérations à Saint-Just, en achetant le bois rond des contracteurs
et en le faisant scier à contrat. Monsieur Alfred Plourde acheta et
répara ensuite une scierie en plus d'obtenir des droits de coupe de bois
dans le Maine. Après la mort accidentelle de monsieur Alfred Plourde et
l'incendie de son moulin, ses frères, messieurs Albert et Michel Plourde,
dont les transactions se font surtout sous la raison sociale de East
Lake Lumber Co., ont continué les opérations forestières et ont fait
couper environ quinze millions de pieds de bois durant la récente saison
d'opérations forestières.2s
De nos jours, le Lac de l'Est est devenu un centre touristique et de
villégiature sous l'égide du Conseil d'Aménagement et d'Expansion de la
Côte-du-Sud. Les camps de bûcherons sont remplacés par les chalets et
les baigneurs se rendent nombreux durant les belles journées d'été pour
jouir de la plage. Par contre, il ne s'anime qu'au cours de l'été; le
symbôle de cette désertion des lieux est la chapelle, vendue aux Pères
du Saint-Esprit en juin 1962 et qui menace ruines aujourd'hui. Le
nouveau rôle du Lac de l'Est fera sans doute oublier qu'il a été pendant
un certain temps le centre d'une activité forestière qui s'amenuise de
plus en plus avec les années.
La Mont-Carmel Furniture Co. Ltd
La réalité forestière de l'économie de Mont-Carmel s'incarne
actuellement dans l'oeuvre de la Mont-Carmel Furniture Co. Ltd. C'est en
septembre 1945 qu'eut lieu la première assemblée de citoyens intéressés
à l'établissement de cette industrie, dont l'initiative venait de
monsieur Alfred Plourde. La fondation elle-même se fit en janvier 1946
après l'obtention de la charte émise le 19 décembre 1945. Le premier
bureau de direction se composait de messieurs joseph Santerre, Benjamin
Drapeau, Emile Bérubé, Armand Lévesque, Florent Blier, Lucien Beaulieu
et René Lavoie. Il s'agit d'une compagnie limitée avec parts communes de
vingt ou privilégiées de cent dollars.
La construction commença en juin 1946, d'après des plans et devis tracés
par monsieur joseph Santerre; monsieur Lucien Beaulieu dirigea les
travaux de construction qui prirent fin en octobre 1947. La manufacture
commença à produire en juin 1948 dans des conditions très pénibles par
suite du manque de main-d'oeuvre expérimentée et de ressources
financières. Elle employait à l'origine 10 personnes.
Depuis ce temps et grâce au courage des premiers dirigeants, l'usine
s'est considérablement développée. La dette a été effacée en 1958 et la
valeur de l'entreprise dépassait les $300 000 à la fin de 1965. Le
Conseil de Direction se compose actuellement de messieurs Albert,
Michel, Jean-Claude et Richard Plourde, de madame Odette Plourde, de
messieurs Emile Bérubé et Fernand Blier.
L'usine mesure 200 pieds par 55 et est en blocs de ciment; l'entrepôt a
45 pieds par 50. La Compagnie garde à son service 33 employés. Elle
fabrique seulement des mobiliers de chambre qu'elle expédie en majeure
partie par freight du C.N.R. via Saint-Philippe-de-Néri; son marché se
situe surtout dans les Maritimes et en Ontario (80% ).
DIVERS
Nous ne saurions terminer cette esquisse sur l'économie de Mont-Carmel
sans parler de deux entreprises très florissantes, la Confiserie
Sportsman Inc. et la Caisse Populaire. L'une et l'autre témoignent, à
leur façon, d'une réussite.
La Confiserie Sportsman Inc.
Après avoir opéré son moulin à scie pendant quelques années, monsieur
Benjamin Drapeau dut abandonner parce qu'il avait perdu la vue. Sans se
décourager, il entreprit de se bâtir une affaire aujourd'hui
florissante, que son infirmité ne l'empêche pas de bien diriger.
L'idée de cette fondation lui est venue de discussions tenues lors de
ses visites -chez un spécialiste des yeux. « Le bonbon, c'est payant » ,
lui avait-on dit. Aussi décida-t-il de transformer un local qu'il avait
fait construire pour louer à loyer en une fabrique de bonbons qui
commença à produire en 1950. Après avoir fabriqué du bonbon pendant
trois ans, il changea de ligne et se mit à produire sirop et mélasse.
Le modeste local de 26 pieds par 28 est devenu une construction de 180
par 35. Le bilan de 1966 indiquait des ventes pour $ 275 000 et une
production de 90 000 gallons de sirop et 80 000 gallons de mélasse. Le
territoire de vente s'étend de Lotbinière à Gaspé. Monsieur Drapeau
emploie régulièrement deux personnes.
La Caisse Populaire de Notre-Dame-du-Mont-Carmel.
L'année 1913 marqua pour la paroisse une date mémorable de son histoire:
c'est en effet le 28 septembre 1913 que le Commandeur Alphonse
Desjardins vint en personne pour fonder la Caisse Populaire de
Notre-Dame-du-Mont-Carmel, une des premières de la région.
L'initiative d'une telle fondation venait du curé, le Révérend
J.Alphonse Lessard, qui avait fait les contacts nécessaires et lancé
l'idée auprès de la population. Voilà pourquoi il fut Président-Gérant
du premier conseil d'administration, qui comprenait aussi messieurs
joseph Massé, Vice-Président, Antoine Langelier, Secrétaire, Bruno
Saint-Onge et David Lévesque, administrateurs. Messieurs Louis
Saint-Onge, Marc Thériault et André Barbeau étaient membres de la.
Commission de Crédit tandis que le Conseil de Surveillance comprenait
messieurs Thomas jean, Michel jean et Arthur Bérubé.
L'institution a rendu d'insignes services à la population, ne serait ce
que par l'épargne qu'elle a favorisée. Les conditions pénibles des
premières années de la paroisse avaient développé chez les gens
l'habitude de l'économie et de l'épargne; la Caisse Populaire leur
offrait l'occasion de profiter de cette habitude et de faire fructifier
leur avoir. Au 31 décembre 1913, soit à peine trois mois après la
fondation, la. Caisse Populaire avait 293 sociétaires dont 77 déposants,
qui avaient placé $1641.45 en capital social et $4 719.60 en épargne.
Par la suite, les progrès furent constants, comme en témoigne le tableau
suivant:
| Année |
Capital social
et épargne |
Actif |
Prêts en cours |
Avoir
propre |
| 1923 |
115337,19$ |
126030,69$ |
106142,17$ |
5464,55$ |
| 1933 |
203683,53$ |
226411,33$ |
216619,77$ |
22727,80$ |
| 1943 |
279204,93$ |
316698,69$ |
46464,91$ |
37619,67$ |
| 1953 |
721945,55$ |
778850,22 |
251933,79$ |
56904,67$ |
| 1963 |
782998,18$ |
877351,05$ |
352336,47$ |
94352,87$ |
Depuis la fondation, les Présidents ont été les Révérends J.-A.
Lessard, François Saint-Pierre et Amédée Caron, tous prêtres-curés, et
messieurs J.-Emile Bérubé et Jean-Baptiste Rivard. Les deux premiers
curés furent aussi gérants, avec comme assistantes mesdames Henri Walsh
.(Apolline Morin) et Michel Plourde (Maria Barbeau); par la suite,
monsieur Albert Thériault a occupé ce poste. Monsieur André Drapeau est
le Président actuel et monsieur Marius Lévesque, le gérant.
La vie économique de Mont-Carmel s'est donc axée sur deux piliers,
l'agriculture et la forêt. L'une et l'autre furent longtemps très
pauvres et leur complémentarité n'a pas toujours suffi à garder dans la
paroisse une population sans cesse excédentaire. Aujourd'hui cependant,
l'agriculture s'oriente dans la voie du progrès tandis que l'économie
forestière décline entraînant avec elle la population dans une lente
diminution. Il semble que la paroisse soit entrée dans une période de
tranquillité après avoir connu un essor au cours du dernier demi-siècle.
Extrait du livre Notre-Dame-du-Mont-Carmel
comté de Kamouraska 1867-1967
Ulric Lévesque, L. ès L . |
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