Economie et population

 


          Agriculture et forêt, telle est la base de l'économie de Mont-Carmel. Comme dans beaucoup d'autres paroisses situées sur la bordure appalachienne, elles se sont conjuguées pour offrir à la population locale les ressources essentielles à sa survie. Aussi apparaît-il normal ,d'en étudier l'évolution à Mont-Carmel, en nous basant, pour les données générales, sur les recensements du Canada publiés depuis 1861.



LA POPULATION


Evolution générale

          Mais avant d'aborder l'étude de la vie économique, renseignons-nous sur l'évolution démographique de Mont-Carmel. Nous avons déjà vu au chapitre I qu'il y avait dix à quinze familles d'établies à Mont-Carmel en 1842, soit environ une soixantaine de personnes.' Le tableau suivant, tiré des recensements décennaux du Canada, montre l'évolution générale de cette population après 1860.

Année du recensement Nombre d'habitants Variation
en pourcentage

Année du recensement Nombre d'habitants Variation en pourcentage
1860-1861  598 --------
1871 985 +64.7
1881  1168 +18.6
1891  1075 - 7.1
1901 1084  + 0.1
1911 1282 +18.3
1921 1346 +5.0
1931 1356 +0.7
1941 1576 +16.7
1951 1761 +11.7
(1956) (1971)   (+11.3)
1961 1895 +7.6( -3.8)

Notre évaluation tient compte du fait qu'il s'agit de colons pour la plupart nouvellement arrivés et qui n'avaient sans doute pas encore une famille nombreuse.

          En premier lieu, on découvre dans ce tableau une forte augmentation de la population dans les débuts, puis une diminution marquée durant la période 1881-1891. N'est-ce-pas  là le résultat de la crise économique des années "80 avec le fort courant d'émigration qu'elle a causé? La reprise démographique du début du siècle s'est poursuivie jusqu'à la grande crise de 1929; ralenti en 1931, l'accroissement réel de la -population s'est accentué en 1941 pour se poursuivre jusqu'à nos jours si l'on s'en tient aux recensements décennaux. Par contre, le recensement de 1961 comparé à celui de 1956 démontre une diminution sensible de population. Serait-ce le signe que Mont-Carmel a atteint son optimum de population? Nous sommes porté à le croire: une paroisse rurale peu industrialisée ne peut pas faire vivre une population très dense et il est à prévoir que la population de Mont-Carmel va décroître encore pendant quelques années par suite de l'abandon de certaines fermes, du départ des jeunes gens de plus en plus instruits qui n'y trouveront pas de travail et de la disparition progressive du rôle de résidence rurale joué jusque là par Mont-Carmel.

Les migrations temporaires et permanentes

          L'agriculture, même doublée de l'apport forestier, n'a jamais suffi à faire vivre toute la population de Mont-Carmel; depuis les toutes premières années jusqu'à nos jours, des résidents de Mont-Carmel ont dû s'exiler pour trouver ailleurs les ressources nécessaires. Déjà, le rapport du missionnaire Hoffman pour l'année 1863 dénotait ces migrations et l'insuffisance des revenus des habitants de Mont-Carmel:

          Votre Grandeur aimera peut-être connaître comment mes paroissiens s'y prennent pour vivre. La récolte suffit à peine à un très petit nombre; les autres vendent ou charroyent du bois de chauffage, des pieux et piquets, du bois de construction et font du bardeau. Le printemps ils font du nombre à Québec pour travailler. Tous mes gens sont pauvres, et cependant je n'ai pas un seul mendiant de profession.

Voilà déjà la fonction complémentaire - et parfois essentielle - de la forêt qui perce à travers la vie agricole des gens!
          Ce rapport nous révèle des migrations de travail vers Québec; d'autres rapports nous font voir des migrations permanentes vers l'extérieur par suite des pauvres possibilités offertes par Mont-Carmel. Nous nous sommes permis de citer plusieurs extraits de ces rapports des premiers missionnaires ou curés pour montrer comment cette émigration permanente ou temporaire était une règle quasi-générale à Mont-Carmel, même dans les débuts de la paroisse (le chiffre entre parenthèse indique la période couverte par ces rapports, dont les données s'étendaient du ler septembre d'une année au 31 août suivant).


  • 1859-1860 « 3 familles ont laissé la paroisse pour d'autres endroits dans le Canada [ . . . ] 3 nouvelles familles [les] ont remplacées »


  • 1862-1863 « 5 pauvres familles ont laissé la paroisse pour aller se fixer dans les paroisses voisines »


  • 1867-1868 « Pendant l'année, 5 jeunes gens ont quitté la paroisse. 1 pour les Etats-Unis, 2 pour 'le Haut-Canada, 2 pour les mines -de Maisie [ ? ] . 20 à 25 autres jeunes gens partent d'ici, tous les automnes pour les chantiers de la Rivière St-Jean. Ils reviennent ordinairement au printemps, aider leurs parents à ensemencer leurs terres » .


  • 1869-1870 « Une vingtaine de jeunes gens ont passé l'hiver dans les chantiers de la Rivière St-Jean » .


  • 1873-1874 « Un nombre considérable voyagent pour travailler et y rester quand ils trouvent leur chance » .

  • 1874-1875 « 10 familles ont été travailler ici et là 5 ou 6 mois. Les jeunes gens partent le plus souvent, sans que j'en puisse rien savoir, ils partent, Lévis, Québec pour un mois ou deux, et vont ailleurs.
     

  • 1875-1876 « 10 familles environ sont parties pour quelques mois et une centaine de jeunes gens, filles et garçons, pour Montréal, Québec et les Etats-Unis. Un bon nombre de ceux qui partent, reviennent  .
     


C'est la même rengaine dans les rapports jusqu'au début des années "80 alors que la situation devient très pénible; la paroisse se dépeuple, conséquence du départ de familles ou d'individus qui vont chercher ailleurs de quoi vivre durant cette période de crise et de mauvaises récoltes.
1879-1880 « 15 familles ont quitté la paroisse, trois ou quatre veulent revenir. Aucune famille étrangère n'est revenue » .


  • 1880-1881 « Depuis le ler septembre dernier 40 familles sont par,ties pour les Etats-Unis » .

  • 1881-1882 « Depuis le ler septembre dernier, 10 familles sont parties pour les Etats-Unis, 5 doivent revenir p .

  • 1882-1885 « 12 ou 15 familles ont quitté pour les Etats; « Est-ce pour toujours? Non. > Aucune nouvelle famille n'est arrivée


          Ces rapports indiquent que Mont-Carmel, à peine surgie des profondeurs de la forêt, redéversait vers l'extérieur une population laborieuse incapable de trouver sur place son gagne-pain. Quelques- uns se dirigeaient vers d'autres paroisses de la région Gaspésie-Rive-Sud,au sol plusaccueillant; d'autres se rendaient vers Québec et Montréal, afin de jouir du confort de la vieurbaine; mais la majoritéd'entre eux émigraient aux Etats-Unis. Cette saignée de la population de Mont-Carmel vers les Etats-Unis fut d'ailleurs constante dans l'histoire de Mont-Carmel jusqu'à la crise de 1929 qui ralentit l'activité économique de la Nouvelle-Angleterre et ramena au bercail d'anciens habitants de la paroisse, tout en cessant d'attirer les autres. Un certain nombre de ces émigrés revenaient. Quelques-uns d'ailleurs ne faisaient qu'un séjour de travail, comme bûcherons des chantiers de la rivière Saint-Jean. D'autres voyageaient durant leur vie de jeunesse, puis venaient s'installer sur une terre après leur mariage. Mais un grand nombre trouvaient leur chance en dehors de MontCarmel ou du Canada et ne revenaient plus y résider. Lorsqu'il était curé de Mont-Carmel, l'abbé François Saint-Pierre a noté, en retrait de l'acte de baptême de certains de ses anciens paroissiens, la date et l'endroit de leur mariage quand ces mariages sont survenus aux Etats-Unis: ces notes se rencontrent à peu près à chaque page des registres. Considérons aussi le nombre impressionnant de parents américains qui reviennent chaque année visiter le lieu de leur enfance. On pourrait enfin demander combien d'actuels habitants de Mont-Carmel sont allés travailler dans les filatures de la Nouvelle-Angleterre ou « à la brique > , selon l'expression conservée dans le langage populaire de la paroisse.
          De nos jours, les courants migratoires ont évolué. On n'émigre plus aux Etats-Unis. Les jeunes vont travailler à Montréal, Québec ou dans les autres villes québécoises; quant aux bûcherons qui ne trouvent pas de travail sur place, ils prennent la route de l'Abitibi. Les fins de semaine et les vacances d'été en ramènent un certain nombre en visite chez des parents. N'est-ce pas le sort de toute paroisse rurale que de revoir à l'occasion une bonne partie de ceux qui y sont nés et y ont vécu leur enfance ?

 

L'ÉVOLUTION DE L'AGRICULTURE

L'agriculture des premières années

          A l'époque de la fondation de la paroisse, la nourriture était plutôt simple: la fameuse galette de sarrasin complétait le menu composé principalement de soupe aux pois, de pain, de pommes de terre et de lard salé. Les vêtements étaient presque tous confectionnés à la maison avec la laine des moutons, le lin et le chanvre des cultures, et le cuir provenant du bétail. Aussi l'agriculture traduisait-elle ces préoccupations des gens. Seule la vente d'un peu de blé, de foin, de patates, de beurre et, vente importante pour Mont-Carmel, de bois, procurait quelque argent sonnant dont on se servait pour payer ses taxes municipales et scolaires et ses comptes chez le marchand général.

           La section consacrée à l'agriculture dans le recensement de 18601861 traduit ces préoccupations des premiers habitants de Mont-Carmel. La paroisse comptait alors 90 familles qui logeaient dans 83 maisons de bois à un seul étage. Le nombre des occupants de terre dépassait celui des familles puisqu'il atteignait 98, dont 18 cultivaient des terres de moins de 50 acres, 63 des terres ayant de 50 à 100 acres et à peine 17, des fermes de plus de 100 acres. La récolte de 1860 avait .été la suivante: 1314 minots de blé, 1346 minots d'orge, 1214 minots de seigle et 1055 minots de pois; on avait récolté 7197 minots de patates. Pas moins de 10 687 livres de sucre d'érable avaient été fabriquées au printemps. Aux 783 livres de laine des moutons s'étaient ajoutées 486 livres de lin et ~de chanvre; le tout avait permis de fabriquer 1041 verges de drap, 1367 verges de flanelle et 1392 verges de toile. Le bétail se composait de 152 boeufs et bovillons, 159 vaches à lait (même pas deux par ferme), 79 veaux et génisses, 87 chevaux de plus de trois ans, 21 poulains et pouliches, 381 moutons et 189 porcs. Il s'était fabriqué - et probablement vendu - 5 367 livres de beurre, 67 barils de 200 livres de viande de boeuf et 95 barils de viande de porc. Des 8 198 acres de terre occupée à peine 1232 étaient défrichés, dont 812 servaient à la culture et 416 au pâturage. La forêt dominait donc encore le paysage de Mont-Carmel. La valeur estimé des fermes s'élevait à $ 48 350.

Transformation de l'agriculture

        Depuis ce temps, l'agriculture a grandement évolué dans la paroisse. Entre 1861 et 1911, la surface cultivée a triplé pour atteindre 3 750 acres; les cinquante années suivantes n'ont rien ajouté à cette étendue cultivée. C'est dire que, dès 1911, le terroir effectivement consacré aux cultures avait atteint l'extension actuelle; il suffit de constater comment la forêt regagne certaines terres abandonnées ou négligées actuellement pour saisir ce phénomène.
          Le nombre des cultivateurs a également diminué par rapport à ce premier recensement. Vers 1860, tout le monde ou presque se disait cultivateur; même le missionnaire avait sa terre. En 1911, 53 ménages sur les 190 exerçaient une profession non-agricole. Trente ans plus tard, la proportion de la population agricole n'était plus que de 989 habitants sur 1 579. Le phénomène s'est accentué par la suite puisqu'en 1961, à peine 591 personnes sur 1895 vivaient sur une ferme.

          On peut y voir le résultat des difficultés croissantes rencontrées par le petit agriculteur pour vivre sur une ferme à l'époque actuelle. L'étendue moyenne des espaces en culture traduit ce remembrement des fermes. En 1860-1861, 98 paysans cultivaient chacun en moyenne 12.5 acres; cette moyenne passa à 18 (1871), 28 (1911), 32.1 (1931), 35 (1941) et 36.5 (1951). De nos jours, la tendance à l'agrandissement des étendues en culture s'est poursuivie puisque la moyenne des terres en culture était de 43.3 acres en 1961 et on peut présumer qu'elle s'est encore accrue depuis ce temps. En somme, sur une étendue cultivable limitée, le nombre des paysans a diminué mais par contre chacun cultive des étendues plus grandes et qui s'accroissent sans cesse.
Les -cultures ont aussi changé. Nous retrouvons, en 1871, une production de blé qui a doublé, une récolte d'orge légèrement augmentée avec une production beaucoup plus importante qu'en 1861 de sarrasin, d'avoine et de foin tandis que la culture du seigle et des pois diminuait de 25%. La récolte de 1910 donnait les résultats suivants: à peine 100 boisseaux de blé (2 804 en 1871) et 351 de sarrasin (1033 en 1871); par contre, la récolte de foin atteignait 2195 tonnes (486 en 1871), celle d'avoine, 17 423 boisseaux (1 342 en 1871). Seigle et orge s'étaient maintenus au même niveau, la culture des pommes de terre avait augmenté alors que la récolte du lin était devenue quantité négligeable. L'industrie laitière basée sur une forte production de foin et sur la culture de l'avoine comme céréale pour régénérer le sol commençait donc à percer dans l'économie agricole. Au rencensement de 1961, la spécialisation était devenue évidente: 12 acres de blé, 1 acre d'orge, 51 de seigle, 106 de maïs d'ensilage et 60 de pommes dé terre; à l'autre extrême, l'avoine occupait 1113 acres et le foin, 2 433.
Semblable évolution s'est aussi produite dans le bétail. Le tableau suivant permet au lecteur de tirer d'évidentes conclusions.

Bétail

1860-1861

1931

1941

1961

Chevaux, poulins,pouliches 108 264 290 105
Veaux, génisses, vaches 238 1594 1635 1840
Taureaux 152 ------ ------ ------
Moutons 381 1016 487 87
Porcs 189 725 551 1138
Poules et poulets ------ 2854 2933 3585

 

 


 
 

          Malgré les conditions pénibles du sol, l'agriculture de Mont-Carmel a donc évolué vers la situation actuelle, que l'on peut qualifier de progressive. Les cultivateurs de la paroisse font aujourd'hui un effort sérieux de modernisation de l'outillage et des techniques qui ne peut que donner des résultats satisfaisants. Au recensement de 1951 celui de 1961 ne donne pas ces renseignements - la valeur des fermes atteignait $1 375 082, chiffre qui a probablement dépassé les $2 000 000 aujourd'hui. En 1961, 57 cultivateurs possédaient un véhicule automobile, le même nombre avait un tracteur et toutes les fermes étaient électrifiées.

Le Cercle Agricole

          Seul, le cultivateur peut difficilement évoluer et satisfaire aux exigences croissantes dans le domaine des techniques et des services nécessaires à une agriculture prospère; aussi convient-il de jeter un coup d'oeil sur les associations et services divers qui ont existé à Mont-Carmel au cours de son histoire.
         Un Cercle Agricole était en opération à Mont-Carmel en 1913, comme l'atteste une lettre du Secrétaire du Conseil d'Agriculture, Oscar Lessard, à Thomas Jean, Secrétaire du Cercle Agricole de Mont-Carmel, le 12 mars 1913.4 Etait-il en opération depuis longtemps? Nous n'en savons rien parce que les minutes du Cercle pour les premières années ont été perdues.
          Ce Cercle a contribué à l'amélioration de l'agriculture à Mont-Carmel. Il a encouragé l'élevage par l'achat de bêtes enregistrées grâce aux octrois gouvernementaux. Des concours agricoles divers lui doivent aussi leur réussite. Ce fut, pendant un certain temps, par son intermédiaire que les cultivateurs pouvaient se procurer de bonnes graines de semence. De plus, le Cercle a longtemps possédé des rouleaux, des pelles à cheval, voire des charrues qu'il prêtait à ses membres; ces instruments ont été vendus en 1948.
           Nous n'avons pas le nom des Présidents de ce Cercle avant 1944; par la suite, ce furent, dans l'ordre, messieurs Alphonse Thériault et Jean-Baptiste Rivard. La liste des Secrétaires est plus longue parce que nous avons pu les retrouver dans les dossiers financiers du Cercle; ce sont, depuis 1913, messieurs Thomas jean, André Plourde, Alfred Bérubé, Sylvio Saint-Onge. Messieurs Antoine Lévesque et Laurent Saint-Onge sont aujourd'hui respectivement Président et Secrétaire du Cercle Agricole.

L'U.C.C.

          Le syndicalisme agricole a tardé à s'implanter dans la paroisse. L'Union Catholique des Cultivateurs, fondée en 1924 par Noé Ponton, Firmin Létourneau et Laurent Barré dans le but d'unir les cultivateurs afin de les aider à défendre leurs droits et à étudier leurs problèmes, avait déjà plus de vingt ans lorsqu'elle fit son apparition à Mont-Carmel.
          Ce fut, en effet, à une assemblée tenue à la sacristie, le 27 février 1945, que la section paroissiale vit le jour. Monsieur Paul Massé fut alors choisi Président et monsieur Alvin Rivard, Secrétaire.
          Par la suite, la section a connu des hauts et des bas jusqu'à la prise de conscience à laquelle nous assistons aujourd'hui. Sans doute nos cultivateurs - comme ceux de beaucoup d'autres paroisses  n'avaient-ils pas encore senti la force que l'union peut représenter dans l'amélioration des conditions de l'agriculture!
          Depuis quelques années cependant, le réveil des agriculteurs a marqué la vie de la section paroissiale. Ses 42 membres sont imprégnés du souci de mettre leur travail sous le signe de l'union. Le Président actuel est monsieur Elphège Lévesque, et le Secrétaire, monsieur Richard Lévesque.


Fromageries et beurreries

          La première fromagerie a été construite au village en 1891 par Georges, Charles-P. et Joseph Roy, tous trois originaires de l'Ile-aux-Grues. Cette fromagerie opéra telle quelle jusqu'en 1906 alors qu'on remplaça la fabrication du fromage par celle du beurre. A la même époque, les Roy, auxquels s'était joint François, nouveau venu du groupe, ouvrirent une fromagerie au petit bras (en face de chez monsieur Charles Raymond); elle n'opéra que quelques années avant
de fermer ses portes vers 1915.
          Pendant quelque temps, la beurrerie du village desservit toute la paroisse. Mais en 1917, une nouvelle fromagerie fut aménagée au grand bras, sur un terrain actuellement possédé par monsieur Martin Drapeau: Le 26 octobre 1920, le syndicat obtenait une charte du Gouvernement sous le nom de « La Société des Patrons de la Fromagerie de la ,paroisse de Notre-Dame du Mont-Carmel > . Les 48 sociétaires étaient des gens du haut de la paroisse. Le premier conseil de direction se composait de messieurs Arthur Massé, J. Massé, J.-A. Lévesque, J. St-Onge, Victorien St-Onge, J.-G. Michaud et Philippe Francoeur; le gérant était Arthur Massé. Cette fromagerie demeura en opération pendant une quinzaine d'années.
          Après sa disparition, .toute la production laitière s'orienta vers le village. Mais en 1944, la beurrerie de François Roy passa aux mains de la « Société Coopérative Agricole de Beurrerie > , organisée par Wilfrid Plourde et Joseph-G. Lévesque. Le syndicat se composait à l'origine de 83 sociétaires qui fournirent chacun $50. Le premier conseil de direction était constitué de messieurs Alphonse Thériault, Président, Jean Beaulieu, Vice-Président, Joseph-G. Lévesque, Paul Massé et Jean-Baptiste Rivard, Directeurs. Monsieur Wilfrid Plourde occupait la gérance et monsieur Fernand Bélanger, le secrétariat.
          Dès sa première année d'opération, la « Société Coopérative Agricole de Beurrerie » atteignait un chiffre d'affaires de $81298, divisé en deux sections, soit $56 998 pour la beurrerie et- $24 300 pour la meunerie que la « Société » avait fait construire.' On avait fabriqué 129 826 livres de beurre durant cette première année.
          Par la suite, la « Société » a connu de belles réalisations. En 1961 par exemple, elle a produit 189159 livres de beurre et réalisé un profit d'opération de $1910.07. Les besoins de la régionalisation et l'attrait d'un gain plus substantiel amenèrent progressivement les sociétaires à envoyer leur lait ou crème à l'extérieur de sorte que la beurrerie ferma ses portes en février 1966.
          La liquidation démontra l'accroissement du capital au cours des vingt-deux ans d'opération. Après la liquidation de l'actif et le règlement du passif par messieurs Alphonse-D. Lévesque, Ernest SaintOnge et Gérard-L. Lévesque, les 77 actionnaires reçurent chacun $310. pour un capital initial de $50, en plus des $7130.48 payés en dividendes au cours des dix dernières années. C'est là le résultat d'une oeuvre fructueuse que la régionalisation a fait disparaître au profit d'une unité d'opération plus vaste et plus susceptible de rencontrer des exigences plus grandes et plus coûteuses. Les cultivateurs de Mont-Carmel vendent actuellement le lait à la « Coopérative de la Côte-du-Sud >

Moulins à farine et meunerie

          Les cultivateurs purent aussi utiliser les services de meuniers au cours de l'histoire de Mont-Carmel. D'après Joseph-A. Lavoie, un premier moulin à farine (moulin banal) aurait été construit vers 1840 par le seigneur Blanchet sur la rivière du grand bras (chez PaulE. Drapeau); il aurait été détruit par le feu en 1860 en même temps que le moulin à scie qui était bâti à côté.
          Le 7 janvier 1873,9 Bruno et Norbert Saint-Onge achetaient le domaine ou emplacement de ce moulin avec le pouvoir d'eau, dix-sept arpents de front et quarante et un arpents de profondeur du notaire Pouliot, agent des seigneurs; le 10 juillet de la même année, ils vendirent à Charles Pelletier de Saint-Pacôme un terrain avec pouvoir d'eau pour y construire un moulin, une « chaussée > et des écluses en vue d'ouvrir un moulin à farine, qui fut effectivement construit par l'acquéreur du terrain.
          Ce moulin, qui occupait une partie de l'ancienne maison de Paul-E. Drapeau, changea souvent de propriétaires, sans doute parce qu'il était de moins en moins rentable. Charles Pelletier le vendit à Bruno Saint-Onge, le 12 février 1883. Ce dernier le légua à sa femme en février 1894; elle le donna à son fils, Lazarre, le ler octobre 1894, qui l'échangea le même jour à Noël Saint-Jean pour une terre. A tour de rôle, Paul Dionne, joseph Rossignol et Vital Dumais l'achetèrent. Finalement, joseph Morin s'en porta acquéreur en 1907, et le vendit à son fils, monsieur Euclide Morin, le 5 novembre 1930; celui-ci le démolit presque immédiatement.
          Ce rôle plutôt mouvementé fut repris par la suite par la meunerie, organisme de type coopératif, dont nous avons parlé plus haut. En somme, pourrait-on dire, la paroisse de Mont-Carmel n'a que difficilement entretenu son moulin à farine et sa meunerie, surtout à une époque de plus en plus rapprochée de nous, faute sans doute d'une production agricole adaptée.

Autres sociétés coopératives

         Au cours de son histoire, Mont-Carmel a eu et a encore d'autres sociétés coopératives. Quelques-unes ont eu une existence plutôt éphémère, mais certaines se sont révélées durables et continuent d'opérer aujourd'hui.
          Un exemple d'organisme éphémère est la « Société Coopérative Agricole de N.D. du Mont-Carmel > qui reçut l'approbation gouvernementale le 17 décembre 1917.1° Ce syndicat coopératif avait pour objets « l'amélioration et le développement de l'agriculture ou de l'une ou de quelques-unes de ses formes, la fabrication du beurre ou du fromage, ou des deux, l'achat et la vente d'animaux, d'instruments d'agriculture, d'engrais commerciaux et d'autres objets utiles à la classe agricole, l'achat, la conservation, la transformation et la vente de produits agricoles > .11 Initiative très louable et de vaste envergure, cette société coopérative ne dépassa guère le stade du petit magasin, qui fut tenu dans la maison appartenant aujourd'hui à monsieur Antoine Lévesque (avec entrepôt chez monsieur Michel Plourde). Vers 1920, la société cessa ses opérations.12
          L'organisation d'une coopérative de vente ressuscita en 1948 avec la création par monsieur René Lavoie et autres de « L'Idéal Coopérative > . Malgré certaines difficultés, ce magasin coopératif s'est maintenu et continue toujours ses opérations au village de Mont-Carmel.
         Un autre exemple de coopération nous est fourni par la « Société Coopérative Agricole d'Amélioration des Terres de Mont-Carmel > , dont le siège social est à Mont-Carmel, mais qui groupe aussi quelques sociétaires ~de Saint-Philippe-de-Néri et de Saint-Denis." On l'appelle communément « La Fronde » . Depuis 1949, cette société poursuit son but, soit « l'amélioration et l'agrandissement des fermes ainsi que l'achat et l'usage d'un tracteur déblayeur (Bulldozer) et accessoires pour fins de travaux d'amélioration des fermes r . Ce bulldozer a travaillé pendant des milliers d'heures pour faire le drainage, l'épierrement et le nivelage des sols arables de Mont-Carmel et les résultats sont aujourd'hui visibles sur la plupart des fermes de la paroisse.


L'INDUSTRIE FORESTIÈRE

         L'industrie forestière a toujours contribué largement à l'économie de Mont-Carmel. Nous savons déjà que, dans les débuts, la forêt fournissait l'essentiel du revenu nécessaire à la population locale. Encore aujourd'hui, la totalité -des cultivateurs coupent du bois de pulpe et du bois de construction sur leurs boisés de ferme ou leurs lots en hiver et durant les temps morts de la saison estivale; le revenu d'appoint ainsi obtenu compense pour la faiblesse du revenu agricole.

Les moulins à scie

           II fut un temps où il existait, dans les limites de Mont-Carmel, de nombreux moulins à scie qui servaient à découper le bois bûché par les fermiers ou par les entrepreneurs forestiers. Notre prétention n'est pas de retracer l'histoire de tous ces moulins - nous reparlerons de quelques autres lorsqu'il sera question du Lac de l'Est, - mais nous nous bornerons à décrire l'origine et l'évolution de ceux qui ont opéré dans les limites de la Municipalité.
          Le seigneur Blanchet en aurait fait construire un sur la rivière de Bayonne vers 1840 et le moulin aurait été incendié une vingtaine d'années plus tard, en même temps que le moulin à farine construit â côté.14 Par la suite, Eusèbe Lévesque se construisit en 1876, sur le même emplacement, un moulin à eau qu'il vendit à Vincent (Fidèle) Plourde et Florien Dumais vers 1896; devenu l'unique propriétaire, Vincent Plourde mourut le 19 mai 1900 et sa succession vendit ce moulin à Norbert Saint-Onge qui le céda, le 6 décembre 1909, à François Bérubé de Kamouraska. Acquis par joseph Morin le ler décembre 1912, il brûla en 1917.
           Aux fins de la reconstruction devenue nécessaire, joseph Morin se porta acquéreur d'un moulin à vapeur construit au petit bras par Michel jean et jules Paradis vers 1894 et le déménagea à Bayonne en 1917. Joseph Morin vendit ce moulin à son fils, monsieur Euclide Morin, en 1930. Monsieur Benjamin Drapeau en devint l'unique propriétaire en 1939 et le vendit à son frère, monsieur Paul-E. Drapeau, en 1947. Par suite du ralentissement du rythme d'opération et de la nécessité de faire d'importantes réparations, ce dernier cessa toute activité à l'automne 1960. On a démoli ce moulin quelques années plus tard.
         Un autre moulin à scie fut aménagé en 1898 par Thomas Paradis au huitième rang, sur la rivière de Bayonne. Peut-être s'agissait-il de ce moulin à scie que son père, Etienne Paradis, opérait sur la rivière du petit bras de 1868 à 1898. Lorsque le bois qui l'alimentait devint plus rare, on ferma le moulin du huitième rang (vers 1915).
        Il y eut aussi un moulin à scie construit sur la terre de monsieur Louis Saint-Onge; Joseph Pelletier de la Rivière-Ouelle avait d'abord bâti .ce moulin sur la Rivière-du-Loup en 1893. Deux ans plus tard, Edouard Dupéré s'en porta acquéreur et le descendit à son nouvel emplacement. Réparé après l'explosion de sa chaudière vers 1902,15 le moulin fut vendu à joseph Morin, le 27 septembre 1914, et il brûla l'année suivante.
          Alexandre jean a aménagé un moulin mu par la vapeur au village vers 1905. Il cessa d'opérer en 1920 et Alexandre jean vendit la machinerie à J. Bégin de Sainte-Anne et la bâtisse à son frère Gratien jean, qui réouvrit le moulin en 1922. Le 7 janvier 1929, messieurs Thomas et joseph Santerre s'en portaient acquéreurs; les deux frères construisirent une nouvelle bâtisse pour abriter une manufacture de boites à beurre, qu'on fabriquait déjà « au marteau et au maillet » dans l'ancien moulin. En septembre 1938, monsieur joseph Santerre achetait la part de son frère et revendait le tout à monsieur Edmond Massé le 9 juin 1942 (contrat daté du 22). Le moulin passa au feu en 1948; monsieur Massé reconstruisit un petit moulin qui servait uniquement à préparer le bois nécessaire à la fabrication des boites à beurre. Ce système fonctionna jusqu'en 1964 alors que permission fut donnée aux beurreries d'expédier leur production dans des boites de carton moins dispendieuses, ce qui obligea monsieur Massé à fermer sa manufacture et son moulin. L'entreprise employait huit hommes au moment de fermer ses portes.

           D'autres moulins de courte durée ont aussi existé à Mont-Carmel, tel ce moulin à « châsse > qu'il y aurait eu au XIXe siècle sur la terre actuellement possédée par monsieur Thomas Dupéré.f7 On pourrait aussi nommer le moulin de monsieur Paul jean, qui, tout récemment, a opéré pendant quelques années sur le terrain acheté de monsieur Maurice Anctil.
          Aujourd'hui, seul le moulin qui alimente la Mont-Carmel Furniture Co. Ltd est encore en opération. Les autres sont tous disparus, à cause notamment du déclin des sources d'approvisionnement en bois et de l'abandon progressif par les cultivateurs de la coupe de billots au profit de la coupe de bois de pulpe.

Le Lac de l'Est

           Cette description de l'apport de la forêt à l'économie de Mont-Carmel serait nettement incomplète si nous ne parlions pas du domaine forestier situé au delà des limites de la Municipalité; en effet, ces étendues boisées ont contribué à l'essor de la paroisse en fournissant du travail à une importante partie de sa population et en permettant aux frères Plourde d'y exercer leur activité.
          Nous savons déjà que, vers 1862-1863, des jeunes gens de MontCarmel se rendaient à la rivière Saint-Jean (Maine), pour travailler dans les chantiers. On ne peut s'empêcher d'admirer leur courage si l'on tient compte uniquement du trajet à effectuer pour s'y rendre puisqu'ils devaient voyager à pied faute de chemin carossable.
          Par la suite, d'autres chantiers s'ouvrirent dans les hautes terres du comté. La première exploitation d'envergure fut celle des frères Julius et Victor Fawrs du Nouveau-Brunswick qui ouvrirent un chantier vers 1894 au Lac de l'Est et le maintinrent en opération pendant quelques années; ils faisaient draver leur bois sur la rivière Saint-Jean. Après eux, Bony et Towers s'installèrent dans la région: un bureau (office) existait au Lac de l'Est en 1898. Au ruisseau d'eau claire, ils opéraient un petit moulin pour « dormants » de chemin de fer qui étaient dravés sur la Rivière-du-Loup jusqu'à la ville de ce nom; le bois de construction était expédié par la rivière Saint-Jean. Ils opéraient aussi un moulin au chemin de front ou Taché.

          A l'époque, le peuplement permanent du Lac de l'Est était fort limité. Depuis 1880 environ, il y avait une famille d'établie là, celle de Louis Dionne. 19 Avec l'ouverture des chantiers des Fawrs et ceux de Bony et Towers, la population augmenta en période hivernale, de sorte qu'il fallut songer à organiser certaines visites du prêtre auprès des bûcherons. Nous avons retrouvé à l'Evêché une lettre de messire Joseph-Georges Coudreau à monseigneur Bégin, en date du 8 février 1897; le curé de Mont-Carmel demandait un autel portatif pour la mission du Lac de l'Est et se proposait, après l'invitation reçue du maître de chantier, un protestant, de monter au Lac la semaine suivante pour visiter les travailleurs. D'ores et déjà, le Lac de l'Est était devenu une préoccupation pour le pasteur de Mont-Carmel. Il semble cependant que le peu de durée de ces opérations n'amena pas tellement de population permanente au Lac de l'Est.
          Au début du siècle, la Rivière-Ouelle Pulp Lumber Co. ouvrit un chantier sur l'emplacement futur du Transcontinental; on y coupait un peu de bois de pulpe et surtout du bois de construction qui alimentait son moulin à scie en opération à Powerville depuis 1904 et qui employait une quarantaine de personnes.21 En 1910, les frères Demers de Saint-Agapit de Lotbinière coupèrent du bois de pulpe en bas de Powerville pendant environ trois ans; ils l'expédiaient par SaintPhilippe-de-Néri.
          A l'automne de 1925, la Compagnie Fraser, qui coupait déjà depuis quelques années sur les limites de la Eaton Land Co., ouvrit un moulin au Lac de l'Est. Ce moulin brûla en 1932 et la compagnie ne le reconstruisit pas. A l'époque, le Lac de l'Est était devenu un lieu de résidence permanente. Depuis la construction du moulin des Fraser, le curé François Saint-Pierre desservait la mission; il s'y rendait une fois par mois (lui ou son vicaire) et il disait la messe dans un local de la compagnie. En 1927, le curé fit construire une chapelle-école avec l'aide du Gouvernement Provincial; il y avait alors quarante familles ayant cinquante-cinq enfants en âge de fréquenter les classes qui commencèrent en septembre 1927.23 La population était de trois cent cinquante personnes en 1930, mais elle diminua quelque peu entre l'incendie du moulin de la compagnie et la construction du moulin des frères Plourde.

Les frères Plourde

          Les dernières décennies de l'histoire du Lac de l'Est furent grandement marquées par l'activité des quatre frères Plourde, Albert, Alfred, joseph et Michel. Monsieur Alfred Plourde fut aussi député de Kamouraska entre 1948 et 1962.
         Ces hommes s'étaient sentis très tôt attirés par l'industrie forestière. Peu à peu, ils avaient commencé à faire couper du bois comme entrepreneurs forestiers notamment pour la Power Lumber Co. Ltd. A l'automne de 1934, monsieur Michel Plourde loua le moulin de Denis Garon au chemin de front et opéra une coupe sur les limites à bois de la Compagnie Power; à l'automne de 1935, ses frères se joignirent à lui et on utilisa un deuxième moulin à Painchaud pour scier le bois bûché sur une coupe de bois achetée de la Eaton Land Co. A l'automne de 1936, les frères Plourde achetèrent pour dix ans le droit de coupe sur la limite de la dite compagnie, qu'avaient eue les Fraser avant eux, et construisirent un moulin à scie sur le bord du Lac de l'Est tout en continuant d'opérer celui de Painchaud pendant encore une couple d'années. Le Lac de l'Est entrait dans sa phase la plus brillante.
          En 1941, les frères rlourde se portèrent acquéreurs du reste des limites et autres biens de la Power Lumber Co. Ltd, aux mains de la Banque Canadienne Nationale depuis la faillite de la compagnie en 1932, et opérèrent la scierie de Saint-Pacôme jusqu'en 1952 alors qu'ils furent dans l'obligation « de limiter leurs opérations au Lac de l'Est, les terrains forestiers alimentant la scierie de St-Pacôme étant épuisés ou trop éloignés pour fournir un rendement profitable » .
          « Le moulin du Lac de l'Est devint donc l'artère principale vers laquelle s'achemina le bois coupé sur les limites de Power Lumber et de Plourde & Frères ». Deux incendies, l'un le 17 novembre 1945, l'autre dans la nuit du 21 au 22 mars 1954, obligèrent les propriétaires à reconstruire ce moulin, toujours doté d'un équipement des plus complets et des plus modernes.
          «Les frères Plourde ont aussi fondé en 1954 une autre compagnie enregistrée sous la raison sociale de East Lake Lumber Co. Cette dernière s'occupe de mettre sur les marchés canadiens et américains la production du Lac de l'Est,que l'on achemine vers le moulin de préparation de Charny >.
          En 1950, Plourde & Frères Ltée se porta acquéreur des limites à bois de la Eaton Land Co. de Calais, Maine, soit 196 milles carrés pour le prix de $315 000 à part les frais de transaction. Ils possédaient alors une réserve forestière de près de 400 milles carrés. A cette époque, Plourde & Frères fournissait de l'ouvrage à plus de cent personnes en été et à près de deux cents en hiver sans compter l'usine de Charny qui donnait du travail à plus de trente employés à l'année longue.
          Cinq ans après l'achat des limites de la Eaton Land Co., le domaine forestier de Plourde & Frères Ltée passa aux mains de la Donohue Brothers; les vendeurs se réservaient le droit de couper trente millions de pieds de bois de 1955 à 1960. Après 1960, la compagnie a poursuivi ses opérations à Saint-Just, en achetant le bois rond des contracteurs et en le faisant scier à contrat. Monsieur Alfred Plourde acheta et répara ensuite une scierie en plus d'obtenir des droits de coupe de bois dans le Maine. Après la mort accidentelle de monsieur Alfred Plourde et l'incendie de son moulin, ses frères, messieurs Albert et Michel Plourde, dont les transactions se font surtout sous la raison sociale de East Lake Lumber Co., ont continué les opérations forestières et ont fait couper environ quinze millions de pieds de bois durant la récente saison d'opérations forestières.2s
           De nos jours, le Lac de l'Est est devenu un centre touristique et de villégiature sous l'égide du Conseil d'Aménagement et d'Expansion de la Côte-du-Sud. Les camps de bûcherons sont remplacés par les chalets et les baigneurs se rendent nombreux durant les belles journées d'été pour jouir de la plage. Par contre, il ne s'anime qu'au cours de l'été; le symbôle de cette désertion des lieux est la chapelle, vendue aux Pères du Saint-Esprit en juin 1962 et qui menace ruines aujourd'hui. Le nouveau rôle du Lac de l'Est fera sans doute oublier qu'il a été pendant un certain temps le centre d'une activité forestière qui s'amenuise de plus en plus avec les années.

La Mont-Carmel Furniture Co. Ltd

          La réalité forestière de l'économie de Mont-Carmel s'incarne actuellement dans l'oeuvre de la Mont-Carmel Furniture Co. Ltd. C'est en septembre 1945 qu'eut lieu la première assemblée de citoyens intéressés à l'établissement de cette industrie, dont l'initiative venait de monsieur Alfred Plourde. La fondation elle-même se fit en janvier 1946 après l'obtention de la charte émise le 19 décembre 1945. Le premier bureau de direction se composait de messieurs joseph Santerre, Benjamin Drapeau, Emile Bérubé, Armand Lévesque, Florent Blier, Lucien Beaulieu et René Lavoie. Il s'agit d'une compagnie limitée avec parts communes de vingt ou privilégiées de cent dollars.
La construction commença en juin 1946, d'après des plans et devis tracés par monsieur joseph Santerre; monsieur Lucien Beaulieu dirigea les travaux de construction qui prirent fin en octobre 1947. La manufacture commença à produire en juin 1948 dans des conditions très pénibles par suite du manque de main-d'oeuvre expérimentée et de ressources financières. Elle employait à l'origine 10 personnes.
          Depuis ce temps et grâce au courage des premiers dirigeants, l'usine s'est considérablement développée. La dette a été effacée en 1958 et la valeur de l'entreprise dépassait les $300 000 à la fin de 1965. Le Conseil de Direction se compose actuellement de messieurs Albert, Michel, Jean-Claude et Richard Plourde, de madame Odette Plourde, de messieurs Emile Bérubé et Fernand Blier.
L'usine mesure 200 pieds par 55 et est en blocs de ciment; l'entrepôt a 45 pieds par 50. La Compagnie garde à son service 33 employés. Elle fabrique seulement des mobiliers de chambre qu'elle expédie en majeure partie par freight du C.N.R. via Saint-Philippe-de-Néri; son marché se situe surtout dans les Maritimes et en Ontario (80% ).

DIVERS

         Nous ne saurions terminer cette esquisse sur l'économie de Mont-Carmel sans parler de deux entreprises très florissantes, la Confiserie Sportsman Inc. et la Caisse Populaire. L'une et l'autre témoignent, à leur façon, d'une réussite.

La Confiserie Sportsman Inc.

          Après avoir opéré son moulin à scie pendant quelques années, monsieur Benjamin Drapeau dut abandonner parce qu'il avait perdu la vue. Sans se décourager, il entreprit de se bâtir une affaire aujourd'hui florissante, que son infirmité ne l'empêche pas de bien diriger.
         L'idée de cette fondation lui est venue de discussions tenues lors de ses visites -chez un spécialiste des yeux. « Le bonbon, c'est payant » , lui avait-on dit. Aussi décida-t-il de transformer un local qu'il avait fait construire pour louer à loyer en une fabrique de bonbons qui commença à produire en 1950. Après avoir fabriqué du bonbon pendant trois ans, il changea de ligne et se mit à produire sirop et mélasse.
          Le modeste local de 26 pieds par 28 est devenu une construction de 180 par 35. Le bilan de 1966 indiquait des ventes pour $ 275 000 et une production de 90 000 gallons de sirop et 80 000 gallons de mélasse. Le territoire de vente s'étend de Lotbinière à Gaspé. Monsieur Drapeau emploie régulièrement deux personnes.

La Caisse Populaire de Notre-Dame-du-Mont-Carmel.

          L'année 1913 marqua pour la paroisse une date mémorable de son histoire: c'est en effet le 28 septembre 1913 que le Commandeur Alphonse Desjardins vint en personne pour fonder la Caisse Populaire de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, une des premières de la région.
          L'initiative d'une telle fondation venait du curé, le Révérend J.Alphonse Lessard, qui avait fait les contacts nécessaires et lancé l'idée auprès de la population. Voilà pourquoi il fut Président-Gérant du premier conseil d'administration, qui comprenait aussi messieurs joseph Massé, Vice-Président, Antoine Langelier, Secrétaire, Bruno Saint-Onge et David Lévesque, administrateurs. Messieurs Louis Saint-Onge, Marc Thériault et André Barbeau étaient membres de la. Commission de Crédit tandis que le Conseil de Surveillance comprenait messieurs Thomas jean, Michel jean et Arthur Bérubé.
           L'institution a rendu d'insignes services à la population, ne serait ce que par l'épargne qu'elle a favorisée. Les conditions pénibles des premières années de la paroisse avaient développé chez les gens l'habitude de l'économie et de l'épargne; la Caisse Populaire leur offrait l'occasion de profiter de cette habitude et de faire fructifier leur avoir. Au 31 décembre 1913, soit à peine trois mois après la fondation, la. Caisse Populaire avait 293 sociétaires dont 77 déposants, qui avaient placé $1641.45 en capital social et $4 719.60 en épargne. Par la suite, les progrès furent constants, comme en témoigne le tableau suivant:

Année Capital social
et épargne
Actif Prêts en cours Avoir
propre
1923 115337,19$ 126030,69$ 106142,17$ 5464,55$
1933 203683,53$ 226411,33$ 216619,77$ 22727,80$
1943 279204,93$ 316698,69$ 46464,91$

37619,67$

1953 721945,55$ 778850,22 251933,79$

56904,67$

1963 782998,18$ 877351,05$ 352336,47$

94352,87$

          Depuis la fondation, les Présidents ont été les Révérends J.-A. Lessard, François Saint-Pierre et Amédée Caron, tous prêtres-curés, et messieurs J.-Emile Bérubé et Jean-Baptiste Rivard. Les deux premiers curés furent aussi gérants, avec comme assistantes mesdames Henri Walsh .(Apolline Morin) et Michel Plourde (Maria Barbeau); par la suite, monsieur Albert Thériault a occupé ce poste. Monsieur André Drapeau est le Président actuel et monsieur Marius Lévesque, le gérant.

          La vie économique de Mont-Carmel s'est donc axée sur deux piliers, l'agriculture et la forêt. L'une et l'autre furent longtemps très pauvres et leur complémentarité n'a pas toujours suffi à garder dans la paroisse une population sans cesse excédentaire. Aujourd'hui cependant, l'agriculture s'oriente dans la voie du progrès tandis que l'économie forestière décline entraînant avec elle la population dans une lente diminution. Il semble que la paroisse soit entrée dans une période de tranquillité après avoir connu un essor au cours du dernier demi-siècle.


 

Extrait du livre Notre-Dame-du-Mont-Carmel
comté de Kamouraska 1867-1967
Ulric Lévesque, L. ès L

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www.rosairedionne.com

 

 
   

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