Trente ans se sont écoulés depuis que cet
agriculteur de Mont-Carmel est devenu, à 41 ans, avec une faible
majorité de 310 voix, le premier député du Parti québécois de
Kamouraska-Témiscouata. Léonard Lévesque a d'ailleurs été le plus
surpris de cette victoire dans un comté de tradition libérale. Ce
que le parti souhaitait alors, c'était, dit-il, « de faire bonne
figure », de faire mieux qu'aux élections de 1970 et 1973.
À l'élection de 1973, Léonard Lévesque avait fait
la campagne aux côtés du candidat péquiste de l'époque, Pierre
Fecteau. Le P.Q. avait recueilli à peine 16 % des voix, se classant
3e derrière le créditiste Normand Dumont. Les libéraux de Jean-Marie
Pelletier prenaient le comté avec une confortable avance de plus de
5 000 voix. À l'échelle du Québec, le parti de Robert Bourassa
faisait élire 102 députés sur 110 circonscriptions.
Élection surprise
Trois ans plus tard, l'exécutif du comté et le
chef du parti René Lévesque parviennent à convaincre Léonard
Lévesque de porter la bannière péquiste. Coup de théâtre. Le P.Q.
est élu. Un parti séparatiste vient de prendre le pouvoir à Québec.
Et René Lévesque, sur la scène du Centre Paul-Sauvé, à Montréal,
clame d'une voix éraillée sa fierté d'être Québécois entouré de
quelques-uns de ses futurs ministres, dont Lise Payette. Dans
Kamouraska-Témiscouata, Léonard Lévesque fête avec ses militants. Il
vient de déloger Jean-Marie Pelletier par la peau des dents.
L'élection de 1981 permettra au P.Q. de
consolider son avance dans le comté avec un peu plus de 4 000 voix
de majorité sur le Parti libéral représenté alors par Réginald
Grand'Maison. L'Union nationale arrive alors loin derrière avec
moins de 6 % des voix.
Le P.Q. promettait d'être un bon gouvernement,
l'a-t-il été ? « Le 1er mandat, je pense que oui », répond l'ancien
député. Il cite, entre autres, la Loi sur le zonage agricole et
celle sur l'assurance automobile qui s'inscrivent parmi les réformes
majeures proposées par le P.Q. entre 1976 et 1981. « Le 2e mandat,
il est arrivé une situation économique beaucoup plus difficile, il a
fallu serrer la vis », dit-il.
Témiscouata-Kamouraska
En parallèle, Léonard Lévesque estime avoir été
un bon député. « J'ai été assez proche des gens », dit-il. Ce n'est
pas tant la fierté d'avoir mené à terme de gros dossiers que d'avoir
permis la réalisation de plusieurs projets qu'il retient. Une
anecdote le fait sourire. « Si j'étais dans le Témiscouata, il
fallait que je prononce toujours, si je parlais de mon comté,
Témiscouata-Kamouraska », dit-il.
Léonard Lévesque raconte que ce qui le décevait
dans son travail de député, c'est quand quelqu'un qui venait le voir
exhibait sa carte de membre du parti en entrant dans le bureau. « Le
député est élu pour toute la population », lance-t-il. Selon Léonard
Lévesque, des maires libéraux n'hésitaient pas à reconnaître son
travail. Mais, il relate un cas où un maire, après avoir reçu une
aide du gouvernement du Québec, avait déclaré devant son conseil
municipal qu'elle venait du fédéral.
Lévesque le convainc de rester
Léonard Lévesque affirme avoir adoré ses années
de politique active, même si le début du premier mandat a été
difficile. Après deux ans, il a même failli tout laisser tomber. Un
jour, il sort du Parlement et s'en va marcher sur les Plaines
d'Abraham pour réfléchir. Il rencontre le Premier ministre Lévesque
et lui confie qu'il a l'intention de retourner sur ses terres. « Il
m'a dit que lui aussi n'avait jamais été Premier ministre avant,
qu'il fallait qu'il apprenne et qu'il trouvait ça dur », se souvient
Léonard Lévesque. Le chef le convainc de rester.
Léonard Lévesque garde un excellent souvenir de
son chef. « J'ai joué aux cartes avec lui », se souvient l'ancien
député. Ce dernier avait d'ailleurs exploité le fait qu'il avait le
même patronyme que le Premier ministre dans son slogan en 1981. «
Lévesque à Québec, Lévesque dans le comté, on peut pas se tromper »,
se plaisait-il à clamer aux électeurs.
Autre anecdote amusante : lors du 325e
anniversaire de Rivière-Ouelle, se retrouvent à la table d'honneur,
Mgr Charles-Henri Lévesque, le préfet Oscar Lévesque, le maire de
Mont-Carmel Elphège Lévesque, celui de Rivière-Ouelle Raymond
Lévesque, le député Léonard Lévesque et le premier ministre René
Lévesque.
L'échec référendaire
Quand Léonard Lévesque parle de l'échec du
référendum de 1980, le ton de sa voix change. Les inflexions sont
plus douces. « Je n'ai pas braillé parce que je ne suis pas
braillard, mais ça m'avait affecté pas mal », dit-il. Un mois avant
le scrutin, « avant que Trudeau se mette la tête sur le billot », M.
Lévesque était convaincu que l'option allait passer.
Dans Kamouraska-Témiscouata, le Oui obtient près
de 44 % des voix alors que le Non recueille 56 % des suffrages. La
défaite sera plus cuisante dans le comté voisin de Montmagny-L'Islet
où le Non obtient près de 62 % des voix contre 38 % pour le Oui.
Observateur
Même s'il n'est plus impliqué directement dans le
parti, Léonard Lévesque continue de suivre les activités, de
souscrire, et demeure un souverainiste convaincu. Il ne cache pas
que c'est la souveraineté du Québec qui l'a amenée au P.Q. « Je
commence à penser que c'est peut-être un autre parti politique qui
pourrait faire la souveraineté du Québec », lance cet observateur de
la scène politique québécoise.
L'entrevue se termine. Assis dans son fauteuil,
une cigarette entre les doigts comme son ancien chef, Léonard
Lévesque poursuit la discussion en parlant de la situation politique
au sein du P.Q., mais aussi au sein du Parti libéral du Canada qui
choisira bientôt un nouveau chef. Une idée lui revient. Le départ de
Bernard Landry. Avec 71 % d'appui, il aurait dû rester, affirme
Léonard Lévesque. « Ça aurait été le gars pour nous mener le plus
vite à la souveraineté », dit-il.
(ndrl : Les chiffres utilisés dans ce reportage
ont été tirés du site Internet http://www.quebecpolitique.com/.
Selon M. Léonard Lévesque, à la suite d'un recomptage, sa majorité
avait dépassé 500 voix lors de l'élection de 1976)